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Le train file à travers les villes modernes de l’est chinois. Plus on se rapproche de la côte, plus les villes sont denses et les bâtiments hauts. Terminées la forêt et les montagnes, ici chaque parcelle de terrain est exploitée. Le train nous dépose dans la ville d’Hangzhou célèbre pour son grand lac qui attire pendant les week-ends et les vacances scolaires une foule de shanghaiens à la recherche d’air pur.

 

Le lac de l’Ouest d’Hangzhou se parcourt à pied ou à vélo et incite à la flânerie. Fleurs de lotus, chaussées piétonnes qui traversent le lac, collines environnantes, pagodes de plusieurs étages qui se dressent à proximité, tout est fait pour créer un panorama de carte postale. Nous profitons de la douceur de la vie d’Hangzhou et de ses excellents restaurants avant de nous consacrer à notre prochaine découverte : le thé de Long Jing, un des thés verts les plus prisés de Chine.

Long Jing

Long Jing 龙井茶 signifie « puits du dragon » et comme vous vous en doutez une légende se cache derrière ce nom enchanteur.

La légende de Long Jing

Un dragon  vivait dans les collines près d’une source. Un moine alla un jour lui demander de faire tomber la pluie sur la région qui souffrait de sécheresse. Le dragon exauça sa prière en faisant venir la pluie. La source fut nommée « puits du dragon » (soit « Long Jing » en mandarin) en l’honneur de l’aide apportée. Le Long Jing poussant à proximité de cette source, on associa donc son nom à cette légende.

Il faut nous écarter de la ville pour nous rendre dans les collines situées au sud d’Hangzhou. Nous prenons un bus qui traverse des petits villages endormis. Nous arrivons enfin au village de Meijiawu qui produit depuis des centaines d’années du Long Jing. Le village est traversé par une petite rivière bordée de belles maisons de thé blanches au toit noir. Autour du village, des plantations de thé en terrasse dominent le paysage. Le vert des feuilles est brillant et l’air embaume.
La cueillette la plus prisée est celle du printemps qui révèle tous les arômes du Long Jing. Et bien entendu, le thé issu de cette récolte est le plus coûteux ! Les autres récoltes, celles d’été et d’automne, sont moins fameuses. Le Long Jing, victime de son succès, doit lutter contre la contrefaçon. Des thés du Sichuan se revendiquent « Long Jing » (pour espérer un prix de vente élevé alors qu’ils n’en sont qu’une pâle copie…). Mais ici, impossible d’être trompés, nous sommes dans la terre-mère du Long Jing. Nous nous baladons dans les plantations avant de nous avouer vaincus par le soleil et la chaleur. Nous nous installons à une terrasse pour déjeuner. Le prix de la tasse de Long Jing est à 13€, nous préférons décliner l’offre de dégustation. Nous voyons sur les autres tables de nombreuses théières remplies de liquide vert-jaune lumineux avec des feuilles flottantes. Le Long Jing a la particularité de se préparer dans une théière transparente, sans filtre où les feuilles de thé baignent librement dans l’eau.
Nous quittons ensuite Meijiawu pour nous rendre au Musée National du Thé en Chine qui est en réalité un complexe regroupant un musée, des programmes de conférence, des formations, des expositions et des ateliers. La modernité du lieu nous surprend. Très bien construit, nous parcourons toute l’histoire du thé en Chine avant d’en savoir plus sur les variétés de thé produites dans le pays (une centaine !) et de terminer sur les méthodes de production et les us et coutumes associés au thé. Ce musée très bien construit vient ajouter des connaissances théoriques à toutes nos découvertes et nous permettent d’approfondir certains sujets. Le musée possède aussi des maisons de thé et nous terminons la visite par une dégustation (gratuite !) de 3 thés : le tant attendu Longjing, du thé noir au litchi et un oolong Jin Seng.

Un mot sur notre dégustation du Long Jing : la jeune fille qui orchestre la dégustation met des feuilles de thé d’une récolte de printemps 2017 nommée Xi Hu Long Jing dans une théière transparente et ajoute l’eau bouillante directement. Les feuilles flottent et se déroulent lentement au contact de l’eau. Après 30 secondes, elle nous verse la première infusion. Long en bouche avec une saveur sucrée et moelleuse, nous détectons des arômes de légumes verts type artichaut. Nous apprécions ce thé d’autant plus que nous avons moins l’habitude de déguster des thés verts et c’est un véritable plaisir de faire cette petite découverte. Elle nous indique que le Long Jing supporte 4 infusions, au-delà, la liqueur perd de sa saveur. Nous constatons que le thé conserve très bien ces arômes lors des 3 premières infusions.

 

Après cette dégustation nous redescendons des collines pour aller admirer le coucher de soleil sur l’étincelant lac de l’ouest.

Le lendemain matin, direction la gare ferroviaire. Notre prochaine étape est la région de Jiangsu qui est connue mondialement pour sa poterie dite de Yixing. Avant de visiter la ville de Yixing, nous faisons un saut dans la ville de Nanjing et de Suzhou, cette dernière reconnue pour ses magnifiques jardins typiques de l’art chinois.

La poterie de Yixing

Comme d’habitude quand il s’agit de rejoindre par ses propres moyens (et sans voiture !) une petite ville secondaire rien n’est simple. Tout d’abord, nous nous trompons de gare routière avant de pouvoir prendre le bus Suzhou – Yixing. 1h30 plus tard nous arrivons dans une gare routière au milieu de nulle part… En nous renseignant autour de nous, nous apprenons qu’il faut prendre un autre bus pour rejoindre le centre de Dingshan, lieu des ateliers de poterie. Encore 45 mns de bus pour arriver devant …. Le musée national de la céramique ! A priori nos explications n’ont pas été assez claires pour le chauffeur de bus ! C’est reparti pour un jeu de pistes pour faire concorder les renseignements. Enfin après 20 mns de marche sous un soleil de plomb, on arrive au carrefour à Dingshan. On s’attendait à quelques rues avec des petits ateliers de poterie mais il faut croire que notre âme est encore innocente et que nous n’avons pas tiré les leçons d’un mois en Chine… Devant nous se dressent 3 grands bâtiments austères, sortes de centres commerciaux en plein air. Pour le charme, on reviendra. Enfin on y est, notre problème maintenant est la grandeur du lieu. On ne sait pas où mener nos pas ! Comment choisir parmi toutes ces boutiques ? On se laisse donc guider par notre instinct.

Le saviez-vous ?

On retrouve les premières théières en argile sous la dynastie Song (960-1279). Les premiers artisans à les fabriquer furent des potiers de Yixing. Le matériau utilisé est l’argile ce qui lui donne sa couleur typique rouge/brune. Mais bien entendu quand il s’agit de thé en Chine, rien n’est simple ! Il existe de nombreuses sous-catégories en fonction du type d’argile utilisé (Zisha, Zhu Ni, Duan Ni…) qui donnera aux théières une couleur et texture différentes. Les 1ères théières furent des simples et classiques modèles. Au XVIIIè siècle, les européens commencèrent à importer des théières et les artisans chinois créèrent des modèles plus orignaux pour répondre à cette nouvelle demande. Ainsi naquit l’art des potiers de Yixing. Au-delà de leur esthétisme, les théières Yixing ont la particularité d’avoir une « mémoire ». Chaque théière doit être consacrée à un seul type de thé (noir, oolong ou pu’erh) car ses parois poreuses vont conserver les arômes et saveurs. On dit ainsi qu’au bout de nombreuses années d’utilisation, on peut mettre de l’eau dans une théière Yixing et que celle-ci aura le goût du thé qu’elle a abrité pendant toutes ces années !

Toutes les portes sont fermées pour conserver la précieuse fraicheur à l’intérieur. Après avoir examiné une dizaine de boutiques, on en repère une où un homme est devant une table, une théière à la main. On entre et on s’installe silencieusement près de lui. Il est en train de donner sa forme finale à une théière en argile.

Les mains du céramiste sont fermes, ne tremblent pas et par une légère pression des doigts, il arrive à modifier imperceptiblement la forme de l’argile. De la main droite, il manie le tour tout en imprimant de la main gauche la forme. Il s’aide de différents outils pour peaufiner son travail. A la lumière de la lampe, il examine minutieusement sa théière pour s’assurer de son parfait équilibre. Il s’attèle ensuite à la « refermer » en apposant un couvercle sur le dessus et le dessous. Il mesure très précisément les dimensions et se sert d’un compas pour découper les 2 pièces. Il les appose ensuite délicatement et les referme avec ses doigts humidifiés. Le tout a duré facilement une heure que nous avons passée les yeux rivés sur ses mains. Il nous explique (avec des gestes, il ne parle pas anglais !) que c’est terminé pour aujourd’hui pour cette théière et qu’il faudra attendre qu’elle sèche pour continuer le travail.

Nous visitons ensuite sa boutique. Nous comprenons qu’il est maitre potier, son parcours est affiché sur le mur mais tout est en mandarin, incompréhensible pour nous ! Ce que l’on intègre en revanche c’est l’explication des grandes différences de prix que nous constatons dans le magasin. Une vitrine fermée expose les œuvres de maître Feng Hua Rong que nous avons vu à l’œuvre. Ses créations vont de 1000 à 3000 yuans (soit de 125 à 380€). Les autres théières exposées sont beaucoup moins chères car « ban shou gong » c’est-à-dire créées par d’autres artisans avec l’aide de moules. Les théières 100% fabriquées à la main c’est-à-dire sans l’aide de moules sont beaucoup plus difficiles et longues à réaliser et demandent une excellente maîtrise de l’art de la poterie qui s’acquiert avec des années de pratique.
Nous sommes venus à Yixing pour admirer des maîtres à l’œuvre, pour mieux comprendre la renommée de la poterie Yixing mais aussi pour acheter ! N’ayant pas trouvé notre bonheur dans cette boutique, nous repartons à la recherche de notre théière rêvée. Trois magasins plus tard, nous rentrons dans une jolie boutique moderne. Les portraits des artisans sont mis en avant et leur travail exposé. Nous avons la chance de tomber sur un jeune homme, Zhuang Jie, qui parle anglais et à qui nous posons toutes nos (nombreuses) questions !

Le saviez-vous ?

Chaque artisan prépare son argile. Elle est tout d’abord séchée à l’air libre. Une fois bien sèche, l’argile est pulvérisée en petits morceaux. Les morceaux d’argile sont ensuite mélangés avec de l’eau et l’artisan va remuer jusqu’à l’obtention d’une pâte. Celle-ci est de nouveau laissée à l’air libre puis passée au four. Pour cela, 2 possibilités : soit un passage au four électrique, soit au four traditionnel : le four dragon (à bois).

Il nous répond patiemment avec beaucoup de clarté. A Yixing, être « master » ne donne pas de vraies précisions sur le talent de la personne même si cela induit forcément une excellente maîtrise des techniques de poterie. En effet, un jeune qui veut se lancer dans la poterie doit d’abord trouver un maître qui va lui apprendre toutes les techniques. Ensuite, il va passer un examen tous les 4 ans pour acter sa progression. Et s’il réussit, il augmentera d’un échelon. Au total, 5 niveaux peuvent être passés. Mais un examen en poterie qu’est ce que c’est ? Lors des examens de premiers niveaux l’élève doit réaliser une théière de son choix et un comité de juges lui adjuge une note qui sera suffisante pour valider le niveau ou non. Puis, dans les niveaux supérieurs, 3 types de théière sont imposés et l’élève devra en réaliser une lors de son examen selon le choix du juge. La perfection demandée est telle que 4 ans ne suffisent pas toujours à perfectionner sa technique…

Au-delà de ces niveaux « académiques », il y a bien entendu le talent du maître qui va se révéler et décider de son succès. D’après Zhuang Jie certaines théières de grands maîtres s’arrachent à quelques milliers d’euros ! Lui-même étudie auprès d’un grand maître, Zhu Bin. Il nous montre des théières fabriquées par son maître et exposées dans son magasin, elles valent 12 000€ !

Il nous explique qu’il est actuellement au 1er niveau et que sa mère, Li Meng Hua, est au niveau 3 tandis que sa femme, Xu Ya, est au niveau 2. A Yixing, la poterie est souvent une histoire de famille ! D’ailleurs, sa femme est présente dans la boutique et s’est installée à une table pour fabriquer des becs de théières en manipulant des petits boudins d’argile.

La boutique a aussi un choix de théières et tasses qui ont été chauffées au four dragon. Ce four qui date de la dynastie Ming (1368-1644) est mise en route une fois par mois pour chauffer les créations des maîtres potiers qui le désirent. En effet le four dragon fait écho à un art ancestral mais a la particularité de modifier la couleur de l’argile ce qui n’est pas du goût de tous les artisans… On ne sait donc pas toujours ce qui va en sortir ! Nous craquons finalement pour une théière Xi Shi d’argile Duan Ni chauffée au four dragon et fabriquée par la maman de Xu Ya. Quand on vous dit que c’est un business familial !

Le saviez-vous ?

La théière Xi Shi indique une forme bien spécifique, ronde, harmonieuse, élégante et fluide. Grand classique parmi les théières de Yixing, son nom fait référence à une des 4 beautés de la Chine antique. Xi Shi fut le prénom d’une courtisane du Vè siècle avant JC. A cette époque, la Chine n’existait pas encore et son territoire était partagé entre plusieurs royaumes qui se faisaient constamment la guerre. Le roi Gou Jian perdit une cruciale bataille contre le roi Fu Chai, son voisin. Décidé à se venger, le roi Gou Jian forma la plus belle femme de son royaume, Xi Shi, à l’art de la séduction et de l’espionnage. Elle fut donnée en cadeau au roi Fu Chai. Elle l’ensorcela tant et si bien, que le roi ne tarda pas à négliger son royaume pour se consacrer entièrement à elle. Le roi Gou Jian profita de ses égarements pour lancer une attaque contre le royaume de son voisin haï et remporta la victoire. Désespéré, Fu Chai se suicida. Quant à Xi Shi, son sort reste mystérieux … Morte noyée ou enfuie avec un général de Fu Chai, le reste de sa vie est sujet à caution. Encore aujourd’hui sa beauté est célébrée à travers la perfection des théières qui portent son nom.

On teste notre théière avec de l’eau chaude tout en dégustant un thé préparé par Zhuang Jie. Il nous explique qu’un maître potier de niveau 3 fabrique entre 5 et 10 théières par mois, un maître potier de niveau 4 entre 4 et 5 et un niveau 4 entre 2 et 4. Le succès est au rendez-vous et ils n’ont aucune difficulté à vendre leurs créations ! Lui-même vend surtout en Chine où la demande est forte. Sortie des mains d’un des plus fameux maîtres potiers, une théière devient un objet d’art à manier avec d’infinies précautions…

Nos complétons notre achat par une autre théière de même forme mais plus classique et à utiliser à deux. Zuang Jie emballe avec précaution nos 2 théières et 2 tasses mais aussi un tea pet en forme de cochon chauffé au four dragon que nous avons glissé au dernier moment. Après une ultime tasse de thé et échange de nos coordonnées nous partons enchantés de cette rencontre et de nos achats.

Yixing est la dernière étape théinée de notre périple chinois ! Avant de nous envoler au Japon, nous passons une délicieuse après-midi à Shanghai dans une vieille maison de thé réputée nommée Huxinting . Dans un salon tout en bois, avec vue sur un lac nous dégustons un thé vert Mao Feng et un oolong Tie Guan Yin. Notre petite table déborde bientôt sous le Gong Fu Cha, le gaiwan et les sucreries qui accompagnent notre dégustation. Le soleil d’été est filtré par les persiennes en bambou et l’atmosphère est au calme et à la méditation. Une pause bienvenue dans un Shanghai trépidant !

Le soir, un avion nous attend pour Tokyo, la suite de nos aventures se dérouleront au pays du matcha… A bientôt !

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