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Après le Malawi, nous remontons la Rift Valley et continuons à explorer l’est africain. En Tanzanie, nous consacrons du temps au café et au tourisme : à nous plages de Zanzibar, ascension du Kilimandjaro et safari !

Karibu Kenya !

Quand nous traversons la frontière kényane, nous avons hâte de savoir ce que ce pays incontournable du thé va nous apporter. Nous avons déjà en tête quelques données sur le pays : 3ième producteur mondial de thé mais 1er exportateur, le Kenya est le pays par excellence du thé noir produit avec la méthode CTC (Crushing, Tearing, Curling ou Broyage, Déchiquetage, Bouclage en français).

Le saviez-vous ?

Le thé du Kenya a moins d’un siècle ! Ce sont les britanniques qui ont introduit sa culture en 1903 près de Nairobi en plantant la variété Camélia Assamica (Inde). Les plantations se sont ensuite étendues dans le pays et la première plantation de Kericho date de 1922. Des études rapportent que le thé fait vivre près de 12% de la population. Le thé est le 1er apporteur de devises du pays, suivi des fleurs coupées puis du tourisme. Le thé est donc essentiel à l’économie du pays !

Nous prenons un bus pour nous rendre dans l’ouest du pays, dans la ville de Kericho. Kericho n’est que l’une des 5 régions productrices du Kenya mais elle est la plus importante et surtout accueille Kapset, l’usine que nous allons visiter.

Avant d’arriver dans le pays, comme à notre habitude, nous avons contacté des plantations et des usines. Le moins que l’on pouvait dire c’est qu’il y avait du choix au Kenya ! Nous avons envoyé des dizaines de mails sans retours positifs. Et surprise, la veille de franchir la frontière, une employée de KTDA (Kenyan Tea Development Agency) nous a répondu et organisé une visite avec le Factory Unit Manager de Kapset, Peter Munialo.

Le lendemain de notre arrivée, nous allons explorer les alentours de Kericho. A peine sortis de la ville, des immenses champs verts se déploient à flanc de colline. Après le Malawi où les champs pouvaient être un peu fouillis, nous sommes séduits par la régularité des allées, la taille impeccable des théiers et les délimitations claires des champs.

Une rencontre imprévue

Nous décidons de nous enfoncer dans ces collines verdoyantes mais nous sommes vite stoppés par une barrière et un poste de sécurité. 2 employés, casquette Unilever visée sur la tête, nous arrêtent : propriété privée, nous ne pouvons pas entrer sans autorisation du siège social. Nos yeux se tournent vers un panneau flanqué de l’inscription « Lipton Tea Gardens ». Nous savions que le thé vendu par Unilever sous la marque Lipton provenait du Kenya mais nous ne doutions pas que les plantations étaient si près de Kericho ! Contrairement à d’autres plantations dans lesquelles nous pourrons plus tard entrer, ici, tout est étroitement surveillé.

Unilever soigne son image et sa communication et ne souhaite pas de visites impromptues. Alors que nous repartons tout penauds, un petit avion jaune nous survole : il nous intrigue car il vole à rase motte, tout près des théiers. Puis nous comprenons quand du liquide est expulsé de sa cuirasse : il recouvre les champs de pesticides ! A grande entreprise, grand moyen. Nous continuons à longer de loin la plantation et profitons d’une ouverture pour nous glisser dans une allée. Nous sommes attirés par 2 hommes qui sont en train de passer une machine au dessus des théiers en les étêtant. Sorte de tondeuse surélevée, elle remplace la main d’œuvre et va plus vite qu’une simple récolte à la main. La contrepartie : la machine coupe tout : bourgeois, feuilles premières mais aussi plus grandes feuilles. C’est la première fois que nous voyons une récolte mécanisée. Il est vrai que le peu de relief des plantations kényanes aide…

Cap sur Kapset

Le lendemain nous avons rendez-vous avec Peter Munalio dans l’usine Kapset. L’usine est assez loin de la route principale au milieu des champs. La solution taxi est possible mais nous privilégions les transports locaux : tout d’abord un matatu (minibus) bondé nous emmène dans le village de Litein où nous prenons ensuite des moto-taxis. 40 mns sur une route caillouteuse où nous croisons des fermiers surpris de voir 2 mzungu dans une zone si éloignée des routes touristiques.

Nous arrivons à la porte de l’usine. Une garde nous accueille et nous conduit dans l’usine où se trouve le bureau du FUM (Factory Unit Manager). Mr Munialo nous reçoit avec un grand sourire et ne tarde pas à nous expliquer le fonctionnement de la KTDA et l’histoire de l’usine. L’usine de Kapset est récente, elle a été créée en 1981 et a un « satellite » géré par un autre manager : Rorok. Kapset a produit en 2016 quasiment 5 millions de tonnes de thé.

Le saviez-vous ?

KTDA est la 1ère coopérative mondiale de thé créée en 1963, juste après l’indépendance du pays. Son fonctionnement est innovant : les fermiers membres de KTDA vendent leur récolte à la coopérative dont ils sont également actionnaires. Celle-ci regroupe 550 000 fermiers. A partir d’un système d’élections successives locales, KTDA est gérée par un conseil d’administration qui incarne donc la volonté de ses membres. La coopérative emploie en son nom des managers (gérant d’usine, responsable de production, assistant de production, chef comptable, responsable IT, responsable de la logistique…) et les positionne dans différentes usines. Ainsi, les standards imposés par KTDA sont diffusés dans toutes les usines et assure une qualité uniforme. Ces managers gèrent le fonctionnement de l’usine et emploie des salariés. KTDA fixe annuellement un prix d’achat au kg de feuilles fraiches qui est le même pour tous et reverse ensuite les bénéfices annuels aux fermiers membres. 60% de la production kenyane est réalisée par KTDA.

Plongée dans le CTC

Après ce 1er échange, nous rejoignons Jackson, le responsable de la production. C’est lui qui va nous guider à travers l’usine. Mais avant de partir, nous devons nous habiller en conséquence : casquette pour Bastien, charlotte pour Elodie et blouses blanches pour tous les 2 ! Un coup de gel désinfectant pour les mains et c’est parti. Pour mieux comprendre le procédé, Jackson commence la visite par la réception des feuilles fraiches.

Le saviez-vous ?

Les fermiers vendent leur kg de feuilles à un prix donné, connu d’avance (16 KSH/kg soit 0,14€ par kg) et à la fin de l’année les bénéfices de la vente de la production KTDA sont reversés aux membres fermiers en fonction de leur contribution (30 KSH/kg en 2016 soit 0,26€). Les fermiers ont le choix: soit ils vendent leur feuilles à l’usine KTDA où ils sont affiliés soit à des entreprises privées (comme Unilever, Tetley, Finlays) à un prix plus élevé mais sans le bonus de fin d’année… KTDA impose des conditions à ses fermiers : la ferme doit posséder au minium 875 théiers et la récolte doit être de qualité (1 bourgeon et 2 feuilles). Kapset a acheté l’année dernière 21 millions de tonnes de feuilles fraîches.

Nous nous retrouvons devant un camion qui revient de sa tournée. Des sacs remplis de feuilles de thé cueillies le matin même sont pesés puis placés sur un monorail. En route pour la 1ère partie du process à savoir le flétrissage ! Dans des grandes salles, les feuilles sont étalées sur des claies ventilées. L’objectif ? Passer de 80% d’humidité à 66,5% (minimum 65,5%), c’est précis ! Tout est contrôlé par des machines. Une fois les feuilles flétries, elles sont envoyées vers la seconde phase : le CTC.

Les feuilles sont tout d’abord broyées (crushing), puis déchiquetées 3 fois de suite (tearing) et enfin roulées en petites billes (curling). Une seule machine réalise ses 3 étapes successivement. Kapset en possède 3, fort utiles pendant la haute saison (entre avril et décembre).

Les billes de thé forment alors un joli tapis vert tout lisse. Placées sur des tapis roulants, elles se dirigent tout droit vers une autre étape clé : la fermentation qui se fait à travers d’une « unité d’oxydation continue » pendant 90 mns. A la sortie, le tapis vert est devenu tapis brun ! Les billes de thé se séparent et vont rejoindre la dernière étape : le séchage. 3 énormes séchoirs à la vapeur permettent de faire passer le taux d’humidité à 3%-3,5% en 25 mns.

A la sortie le thé est tout chaud ! Il est ensuite tamisé et passe sous des rouleaux électrostatiques pour enlever les débris. Enfin last but not least, la dernière machine permet de trier les grades de thé en fonction de la taille des billes. Ainsi, 4 différents thés sortent chaque jour de Kaspet :
– Broken Pekoe 1 => la meilleure qualité
– Pekoe Flowery 1
– Pekoe Dust
– Dust 1

Les thés sont empaquetés par grade sous l’appellation KTDA puis des camions transportent la production à l’autre bout du pays : tout à l’est dans la ville côtière de Mombasa. Là-bas, Kapset travaille avec des brokers, en charge de vendre la marchandise. Il arrive que des grandes enterprises productrices comme Unilever achète le thé de Kapset : en effet ses plantations ne suffisent pas à répondre à la demande et elle mixe donc le thé d’autres plantations avec le sien. Les acheteurs sont internationaux : britanniques, pakistanais, égyptiens, soudanais, afghans, russes, yéménites se pressent à la bourse aux enchères de Mombasa. Les achats sont ensuite expédiés par bateau.

 

Mais revenons à notre usine. Nous rejoignons la salle de test où toutes les heures des employés goûtent le thé fraîchement produit. Leur palais expert leur permet de détecter s’il y a la moindre altération du goût par rapport aux standards établis. Grâce à leur expertise ils sauront identifer tout de suite d’où vient le problème (taux d’humidité, séchage, fermentation…).

Séance de questions / réponses

Après cette visite forte instructive, nous retournons dans le bureau de Mr Munialo. La discussion s’engage sur son parcours très riche (il a travaillé chez Unilever avant de rejoindre KTDA et a pris la direction de nombreuses usines) mais aussi sur les actualités politiques de nos pays respectifs : l’élection de Macron (depuis notre arrivée en Afrique, les personnes rencontrées ne sont pas interpellées par l’âge du nouveau président mais par sa différence d’âge avec sa femme… C’est un fait étonnant pour eux !) et les prochaines élections au Kenya en août qui risquent de provoquer quelque troubles… Education, économie, terrorisme, emploi, natalité, de nombreux sujets sont abordés à bâtons rompus  entre nous rendant l’échange très riche ! Il est bientôt l’heure de partir… Nous nous quittons en nous promettant de rester en contact. Notre sachet de thé offert par l’équipe sous le bras , nous repartons riche de nouvelles connaissances !

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