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Après plusieurs semaines en Afrique nous changeons radicalement de décor en nous rendant en Indonésie. Une chaleur gorgée d’humidité nous attend à la sortie de l’aéroport de Jakarta. La ville trépidante, verticale, gorgée de motos, saturée d’odeurs émanant des stands de street food nous étourdit un instant. Puis nous plongeons avec délice dans ce nouveau pays rempli de projets d’avenir. Les contrastes sont forts en Indonésie : la vie rurale est encore pleine de traditions ancestrales tandis que les centres commerciaux les plus modernes accueillent des jeunes indonésiens à la pointe de la mode. Mais deux valeurs prédominent : l’attachement à la croyance religieuse, quelqu’elle soit et la tradition d’accueil et d’ouverture qui perdure même au cœur de la capitale.

Après quelques jours dans la capitale pour notamment nous occuper de formalités administratives pour la suite de notre voyage (l’obtention du visa chinois !), nous nous penchons sur la carte de l’Indonésie. Véritable patchworks d’ethnies, de religions, de coutumes, l’Indonésie compte près de 17 000 îles. Bien entendu, toutes ne sont pas habitées et certaines sont de taille microscopique… Mais difficile de ne pas s’égarer !

Heureusement en ce qui concerne le thé, les zones de production sont relativement concentrées. L’île de Java, la plus peuplée, renferme 60% de la production nationale. Le reste de la production se concentre au nord de l’île de Sumatra. Pour ne pas nous éparpiller, nous nous concentrons sur Java et plus précisément l’ouest de l’île. Nous sommes attendus à 2 endroits. Tout d’abord dans la plantation d’Harendong près de la ville de Bogor puis au très sérieux Institut National de Recherche sur le Thé et la Quinine au sud de la ville de Bandung.

Vêtus de nos sweets Tea Travelers, munis de notre carnet et de notre stylo nous attendons Dr Alexander Halim, CEO d’Harendong. Nous sommes à Bogor, une ville à 1h au sud de Jakarta. Au petit matin, Mr Halim vient nous chercher avec Gideon, de l’équipe marketing. Ce que nous ne savons pas, c’est qu’il reste 5h de route pour rallier Harendong ! Nous allons avoir le temps de faire connaissance…

HARENDONG

Harendong est une jeune plantation fondée en 2006. Elle fait figure d’exception dans cette région. C’est la dernière plantation de thé, toutes les autres ayant fermé au profit d’autres cultures plus lucratives comme le palm tree (palmier) d’où est extraite l’huile de palme. L’Indonésie, au 7ème rang mondial en termes de production annuelle de thé, dégringole d’année en année, dépassée maintenant par d’autres pays comme le Viet Nam. De 90% d’exportation en 2008, l’Indonésie est passée à 62% en 2015. Ce changement s’explique d’une part par une demande interne croissante et d’autre part par la chute de la demande de grands clients historiques comme les Etats-Unis. Mais Harendong est à contre-courant. L’usine exporte 80% de sa production et un de ses premiers clients est… Starbucks ou plutôt sa chaine TeaVana. En tout cas pour le thé noir. En ce qui concerne le oolong, l’Allemagne en est friande et le Japon est leur 1er client pour le thé vert. Harendong limite sa production à 4 thés orthodoxes d’une grande qualité : thé noir, oolong léger, oolong corsé et thé vert.

Le saviez-vous?

Dans la région vit une ethnie nommée « Badui ». Les badui perdurent des coutumes ancestrales : chaque famille cultive du riz mais n’a pas le droit de le vendre… La seule solution est de le troquer contre d’autres denrées. Nous passons  en voiture devant la maison du roi local, autorité que les habitants reconnaissent toujours (à défaut du gouvernement).

Vers 13h, nous arrivons à la plantation qui est couverte de brume. Avant 2006, il n’y avait rien… Les investisseurs ont financé la construction d’une route, de l’électricité, le débroussaillage du terrain, la construction d’une usine, l’achat de théiers et de machines modernes… Un investissement lourd, un pari risqué mais réussi selon Mr Halim qui nous explique qu’il n’arrive pas aujourd’hui à répondre à toute la demande. Heureusement il a encore de la marge : sur les 140 hectares de terrain, seuls 40 hectares sont déjà cultivés. Mr Halim va d’ici peu planter des nouveaux plants mais aussi diversifier la production par la culture de gingembre. Avec 36 tonnes de thé produit par an, Harendong est loin d’être la plus grande plantation d’Indonésie mais elle est un parfait exemple que le thé peut être un investissement de choix.

Autour d’un excellent déjeuner typiquement indonésien, Mr Halim nous explique que la plantation est certifiée biologique depuis ses débuts. Harenong croule sous les certifications : IMO (certification européenne dorénavant rachetée par Ecocert), USDA (américaine), JAS (japonaise), COR (canadienne), SNI (indonésienne).

Nous allons ensuite avec Gideon à l’usine. Nous sommes accueillis par le manager de l’usine qui a travaillé près de 20 ans à Sumatra avant de rejoindre Harendong. L’usine utilise un procédé orthodoxe, similaire à ce que l’on peut retrouver à Taiwan. Nos blouses enfilées ainsi que nos masques et nos charlottes, nos pieds glissés dans des tongs, nous débutons la visite de l’usine. Celle-ci est grande et n’a pas encore atteint sa capacité de production maximum. Nous sentons tout de suite un parfum végétal fort, arôme de pelouse fraichement tondue. Des feuilles fraiches, récoltées le matin-même, sont étalées sur des grandes nattes par terre. Elles flétrissent tranquillement à l’air libre.

Le manager de l’usine nous explique qu’ils sont en pleine production d’Oolong. Nous le suivons à travers l’usine pour mieux comprendre le procédé de fabrication du oolong qui dure 2 jours.

Flétrissage: 1ère étape après la cueillette, celle-ci permet de faire diminuer fortement l’humidité des feuilles. Pas de machine pour contrôler l’humidité mais seulement le savoir-faire…

Brassage: Les feuilles sont mises dans un grand tube de bambou fermé qui tourne sur lui-même. Les feuilles sont ainsi brassées ce qui facilite l’oxydation

L’oxydation: La durée varie en fonction du type de thé : 4 à 6h pour le oolong et jusqu’à 2 jours pour le thé noir.

Dessiccation: Les feuilles sont mises dans une sorte de four tournant à 90° pour stopper l’oxydation. Elles sont donc brassées et séchées en même temps.

Roulage: Une machine roule ensuite les feuilles qui deviennent des boules compactes. Les étapes 4 et 5 sont répétées plusieurs fois à la suite, jusqu’à ce que le manager de l’usine soit satisfait de la dessiccation et du roulage.

Séchage: Les feuilles sont mises à chauffer dans un séchoir à haute température pour les « griller ».

Emballage: Les feuilles sont conditionnées par type de thé.

Harendong produit selon la demande du thé vert, noir ou oolong. Nous allons ensuite visiter la nursery où de jeunes plants attendent leur tour. La plantation est couverte de camelia sinensis, alors que la majorité des plantations indonésiennes possèdent la variété assamica, plus compatible avec le climat du pays. Mais le sinensis produit un thé de meilleure qualité d’où le choix fait par les dirigeants. Avant la dégustation, nous nous dirigeons vers les plants. Les théiers sont à flanc de collines, le terrain a de légères dépréciations, très douces, qui rendent le paysage très beau et reposant. Grace au climat tropical, la récolte peut avoir lieu toute l’année tous les 40/45 jours par plant selon la saison. Pour le moment, aucune cueilleuse n’est pas à l’œuvre, elles travaillent tôt le matin.

De retour dans la maison des invités, nous dégustons les 4 thés alors que la pluie se met à tomber. Le thé noir est excellent, sucré aux arômes floraux. Nous sommes tout aussi séduits par le oolong dit « léger », fruité et fleuri. Nous sommes conquis ! Au diner, la conversation roule sur les sujets d’actualité brulants de l’Indonésie, le contexte politique et économique du pays. Les rencontres que nous faisons autour du thé sont un merveilleux moyen pour nous de mieux comprendre le pays, essayer de saisir ses préoccupations du moment et bénéficier d’un autre éclairage sur l’histoire… Après la chaleur étouffante de Jakarta, la nuit fraiche est un régal, à 1000 mètres d’altitude…

Le lendemain matin nous nous levons à l’aube pour rejoindre les cueilleuses. Nous entendons bientôt des rires et des femmes en train de papoter gaiement. Un chapeau conique en tige de bambou apparait bientôt puis 2, 3, 4 ! Elles sont là ! Le visage masqué par leur chapeau aux larges bords, on ne voit que leur sourire. ‘Selamat pagi’ ! Elles nous accueillent avec des saluts de la main, des sourires et rires.

Elles sont vêtues d’un tablier de plastique transparent et de grandes bottes. On comprend assez vite, en quelques secondes nos baskets sont gorgées d’eau. De plus, le terrain est assez abrupt et les pentes glissantes. Le moins que l’on puisse dire c’est que la cueillette est ardue ! Ils sont loin les champs tout plats et secs de l’Afrique ! 1,2,3 feuilles pour cette cueillette à la main. Les femmes sont d’une grande habilité et cueillent à vive allure. Comme les ouvriers de l’usine, elles ignoraient tout du thé avant de travailler pour la plantation. Harendong a permis de créer 150 emplois, du pain béni pour la région !

Il est temps maintenant de reprendre la route… Avec en cadeau 2 paquets de thé, un joli souvenir de notre visite au milieu de cette équipe plus qu’accueillante !

Nous qui ne connaissions pas le thé indonésien (assez peu connu en France) nous sommes surpris des petits trésors qui s’y cachent comme Harendong… Nous avons hâte de rencontrer le Dr Rohayati Suprihatini qui est la directrice de la division recherche de l’institut indonésien sur le thé.

Mais avant ce rendez-vous nous devons repartir à Jakarta puis prendre un nouveau train pour Bandung.

Bandung est une grande ville de l’ouest de l’ile, grande zone de production de thé. Mais Bandung n’est pas notre terminus… Nous nous rendons à Gamboeng, un village à 3h de route. C’est là que siège l’Institut National de Recherche du Thé et de Quinine de l’Indonésie.

L’institut

L’institut est installé au cœur d’une plantation créée au début du XXème siècle par Mr Kerkhoven, un hollandais pionnier du thé indonésien. Le terrain est immense : 400 hectares de thé et 200 hectares de forêt protégée. Dr Rohayati Suprihatini nous accueille avec un grand sourire. Elle travaille depuis de nombreuses années au sein de l’institut et dirige une équipe de 22 chercheurs de toute spécialité (biologie, agriculture, géologie, nutrition, ingénierie mécanique, pharmacie…). Elle-même est doctorante en sciences technologiques. Nous commençons la visite par les bureaux de l’institut qui sont vides, forcément, nous sommes un samedi. L’institut a plusieurs objectifs : créer des clones de théiers, inventer des nouvelles machines de production et proposer des missions de conseil. L’institut vend ensuite les produits de ses recherches, surtout auprès de clients indonésiens. Dr Rohayati nous transmet sa passion. Elle nous présente fièrement le Gamboeng 7 ou GMB créé à partir de la variété assamica. Le thé indonésien peut se targuer d’être le plus concentré au monde en catéchine, un antioxydant.

Mais avec ce clone, les résultats sont décuplés ! D’une part son taux d’antioxydants est élevé, d’autre part sa productivité est impressionnante. 10 ans de recherche ont été nécessaires pour aboutir à ce résultat… Bien entendu on parle de clonage « manuel » et non d’OGM ! Et les recherches continuent…. L’équipe tente de créer un clone susceptible de lutter contre le changement climatique. En effet ces dernières années, la saison sèche en Indonésie s’est allongée et les théiers ont du mal à s’habituer à ce manque d’eau. Dr Royahati espère mettre au point avec son équipe un clone qui saura résister aux longues périodes sèches. Une autre recherche est centrée sur l’empoasca un insecte qui ravage les plantations de Chine et de l’Indonésie.

L’institut possède plus de 600 collections de théiers… Impressionnant ! Il travaille en étroite collaboration avec d’autres centres de recherches de part le monde. Le Sri Lanka leur a par exemple envoyé des plants locaux pour tenter une production en Indonésie mais en marchant le long des théiers sri-lankais nous avons été frappés par l’aspect noirâtre des feuilles. Dr Rohayati nous explique que les plants ne s’étaient jamais habitués au climat et souffraient d’une maladie qui donne à leurs feuilles un aspect brulé. Tout ne peut pas toujours réussir! Mais l’institut n’a pas seulement une division recherche. Une usine applique les résultats.

L’usine de thé vert est ainsi équipée d’un système de chauffage flambant neuf conçu par les équipes de l’institut. Il fonctionne à l’aide de gaz naturel ce qui permet d’éviter les fumées issues d’un chauffage au feu de bois. En effet l’UE est tatillonne sur le taux de MRL que l’on retrouve dans la fumée de feu de bois ; Le gaz permet donc d’accéder au marché européen. L’usine fabrique du thé vert et du thé blanc. Le thé noir a été abandonné pour le moment car jugé peu rentable. En effet son prix a beaucoup diminué ces derniers temps dû à une forte offre mondiale. Après la visite des locaux, de la nursery qui contient des nouveaux clones et des jardins, nous nous rendons dans l’usine de thé blanc. L’institut est très connu pour son thé blanc vendu en local sous le nom de Gamboeng. De nombreuses études ont démontré ses bienfaits pour la santé

Le saviez-vous ?

Des études réalisées au sein de l’équipe du Dr Rohayati ont prouvé que le thé blanc Gamboeng avait de nombreuses vertus thérapeutiques. Le thé blanc aide ainsi à lutter contre le cholestérol, fait baisser la tension, protège des crises cardiaques, renforce les dents et les os et fait baisser le taux de sucre (idéal pour les diabétiques). Il est très utile aussi pour le traitement de la grippe H1N1. Et tout ceci grâce à quoi ? Grâce à la catéchine, un antioxydant très puissant présent de manière massive dans le thé blanc de Gamboeng.

Pour ce thé rare, cher et si subtil, on ne cueille à la main que le bourgeon. L’usine est toute petite et pour cause : tout est quasiment manuel et le process est très simple. Les bourgeons sont placés sur le toit de l’usine, au soleil, protégés par une toiture de verre. Une fois que la température atteint 50°, on redescend les bourgeons dans une salle, puis on les remonte et ainsi de suite. Le procédé dure 3 jours, jusqu’à ce que les bourgeons n’aient plus que 5% d’humidité. Les bourgeons ont pris une scintillante couleur argentée. Des femmes trient ensuite méticuleusement les bourgeons. Elles ôtent ceux qui sont ouverts, même à peine entrouverts. Ces feuilles partiront rejoindre l’usine de thé vert. Les bourgeons argentés vont ensuite dans une salle de fertilisation pour ôter tous les microbes. 12 tonnes de bourgeons sont cueillis chaque année mais il en est vendu 2,5 tonnes par an (suite au tri et à l’oxydation). Une faible quantité mais une grande qualité, et donc… Un prix très élevé ! « En vrac », le thé est vendu 100$/kg. Le thé blanc est vendu en local ou exporté au Moyen-Orient, où les consommateurs sont friands de cette boisson.

Nous repartons en direction de la guest house pour tester ce fameux thé blanc. Comme nous l’explique le Dr Rohayati, il faut infuser les feuilles 7 mns dans une eau à 80/90°. La 1ère infusion sera pour les arômes et la relaxation. La 2ème infusion sera à capter les bénéfices pour la santé. Elle nous recommande 6 tasses par jour ! Nous ne savons pas si les bienfaits font déjà effet mais dans tous les cas nos papilles s’agitent au contact de ce goût léger et fleuri de cet excellent thé blanc. Malheureusement on ne peut pas le trouver en Europe, les frais de livraison sont très élevés et les quantités devraient être énormes pour amortir ces frais ! Mais heureusement le Dr Royahati nous offre une boite que l’on peut ramener en France… De quoi surveiller les effets de l’antioxydant sur une plus longue durée !

Cette plongée dans la recherche sur les clones nous a plu car très différente de ce que l’on a pu découvrir jusque là. Les défis de l’équipe de Dr Rohayati sont nombreux mais malheureusement les aides gouvernementales ne sont pas au rendez-vous, celles-ci étant davantage destinées à l’agriculture «alimentaire»….

Nous continuons notre voyage en Indonésie dans l’est de Java mais cette fois pour du pur tourisme ! A nous temples hindous, mont Bromo, plages et rizières de Bali ! La suite de la découverte du thé se passera en Chine où nous tenterons de remonter à ses origines… A bientôt !

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