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28 décembre 2074*, un ciel étoilé annonce une belle journée. Au loin, encore caché par les collines vertes, le soleil pointe son nez. Une légère brise agite les arbres et les plants de théiers. Aux alentours, un grand silence… Avec l’apparition du soleil, des bêlements de chèvres demandant leur première pitance de la journée commencent à se faire entendre. Une utopie futuriste d’un retour à la nature ? Non, une simple journée ordinaire près du village d’Aarubote…

Nous sommes en pleine campagne, à 45 mins à pied de la 1ère ville dans la région de l’Ilam à l’est du Népal. L’Ilam, si près de la frontière indienne et de la région de Darjeeling lutte pour faire reconnaitre la qualité de son thé. C’est une myriade de petites fermes et quelques usines qui composent une appellation, thé de l’Ilam, mais qui reste méconnue en Europe.

* Selon le calendrier népalais. 8 avril 2017 selon le calendrier grégorien.

Le réveil sonne pour les Tea Travelers Le soleil déjà brillant passe par les fenêtres et incite à se lever promptement. Pas de chant de coq dans la ferme de la famille Kulung qui est végétarienne. Une douche froide et nous nous dirigeons vers la cuisine détachée du reste de la maison. Deepak et Kaushila Kulung, le couple propriétaire, nous accueille avec un souriant namaste et nous font choisir entre thé vert et thé noir, home-made forcément. C’est notre 3ème jour dans la ferme des Kulung et chaque jour est pour nous la chance de partager le quotidien d’une chaleureuse famille népalaise propriétaire d’une petite ferme biologique. Comme vous pouvez le devinez, leur première production c’est le thé
La tasse de thé noir, avec sa légère astringence nous donne un coup de fouet pour attaquer la cueillette. Hier, nous nous sommes attelés aux plants de théiers cachés sous les cardamones. Nous pouvions avoir la main large en cueillant le bourgeon et 3/4 feuilles. En effet, l’alternance de soleil et de pluie a fait fortement pousser les plants et la famille de Kulung, n’employant aucune cueilleuse, est dépassée ! La récole d’hier était donc destinée à l’usine locale moins regardante sur le nombre de feuilles cueillies. La qualité inhérente à la 1st flush rend les règles de la cueillette plus souple.

Les ordres de Kaushila sont clairs. Aujourd’hui nous devons récolter sur les meilleurs plants pour produire du thé noir pour la ferme. En effet, la haute consommation de ces derniers jours a entamé les derniers grammes de thé noir et il est urgent de procéder à une nouvelle production. Pour cette cueillette, il convient d’être attentif. Nous ne récolterons que le bourgeon et les 2 premières feuilles pour donner aux futurs thés les meilleurs arômes.

A l’attaque des plants de théiers ! Armés de nos paniers en bambou qui encerclent nos têtes, nous nous mettons en ligne au bout d’une rangée de Camelia pour débuter notre cueillette. Il fait encore frais et le calme matinal est seulement brisé par le faible bruit fait par nos doigts lors de la cueillette. Nos paniers se remplissent doucement. Nous nous n’avons pas encore la technique qui permet de cueillir 4 à 5 brins en même temps avec les 2 mains. Nous regardons avec envie les paniers déjà remplis de vert des parents de Deepak qui vivent avec le couple et aident à la cueillette. On sent l’expérience ! La ferme existe depuis plus de 40 ans et était auparavant dédiée aux rizières avant que le père de Deepak ne se décide à planter du thé. Deepak, le plus jeune fils a repris la ferme et comme le dicte la tradition népalaise, s’occupe de ses parents. Il s’est marié avec Kaushila il y a 14 ans. Ils ont tous les deux décidé d’étendre leurs activités agricoles il y a 4 ans en ouvrant leur logis à des volontaires issus du monde entier qui viennent les aider dans leur travail. Une pension familiale qui permet de découvrir l’envers du décor d’une plantation de thé.

Nous croisons Deepak qui porte de larges branches couvertes de feuilles pour nourrir les chèvres. On les entend bêler au dessus de nos têtes, cachées dans leur enclos. Et pourtant pas de fromage de chèvre dans la ferme des Kulung ! Les chèvres servent à enrichir le compost naturel utilisé pour les plants de thé. En effet, la ferme est 100% biologique et n’utilise aucun pesticide. Les enclos sont nettoyés régulièrement pour récupérer les déjections qui nourriront les sols.

Kaushila nous appelle, il est temps d’aller petit-déjeuner. Elle nous a cuisiné un savoureux et consistant dal bhat. Ce petit-déjeuner si différent de nos habitudes occidentales va nous donner de l’énergie pour le reste de la journée. Comme dit le dicton populaire ‘Dal bhat power, twenty-four hour’ ! Nous sommes ici depuis 3 jours et chaque fois le dal bhat est différent. Une variété à l’infini de cuisson de riz, de dal et de curry… Après ce copieux repas, une tasse de thé noir et c’est reparti !

Le dal bhat est un plat typique népalais composé de riz, d’un dal de lentilles ou haricots et d’un curry de légumes (chou, pomme de terre, épinard..). Le petit plus du dal bhat ? On est resservi à satiété !

De retour à la cueillette ! Le soleil chauffe, les plants sont exposés sur les pentes ce qui fait travailler les chevilles et le dos. Nous avons une pensée pour ces cueilleuses croisées en Inde et au Népal qui travaillent plus de 8h par jour pour un salaire dérisoire. Un travail usant et fatiguant souvent réservé aux femmes pendant que les maris vont à la ville pour des travaux plus rentables comme la construction. Hier, nous avons vendu notre récolte à l’usine locale. Un camion fait le tour des fermes environnantes pour récolter les feuilles. Petite devinette…. Selon vous, quel est le prix d’achat pour la 1sr flush (la plus prisée) ?

Une idée ?

100 roupies népalaises pour 1kg. Soit moins de 1€ par kg… La journée d’hier avec le concours de la famille et 3 volontaires a permis par exemple de récolter 18kg soit moins de 18€.

Petit à petit les paniers se remplissent de feuilles vertes claires. Nous sommes bercés par le vent calme et obnubilées  par les bourgeons. Plucking, plucking quand tu nous tiens. C’est une tâche infinie tant les plants sont remplis de jeunes pousses !

Kaushila  a arrêté plus tôt la cueillette pour préparer le déjeuner. Il y a du monde tous les jours à table entre les 5 personnes de la famille (Deepak, Kaushila, leur fils Samyog et les parents de Deepak) et les volontaires (qui peuvent être jusqu’à 11 !). Le déjeuner est davantage une collation : riz soufflé ou pop corn accompagnés de beignets ou d’une omelette. Le rituel du repas est immuable : volontaires et grands-parents sont d’abord servis, puis Deepak et le Samyog et enfin quand tout le monde est servi, voire resservi, Kaushila mange. La famille mange avec les doigts de la main droite, nous n’arrivons pas à nous défaire de nos habitudes et mangeons avec une cuillère. Pour la fin du repas, une tasse de thé vert, léger et fin.

Deepak nous explique comment la récolte de la matinée va pouvoir être transformée en thé noir. Tout est fait à la main alors il y a du travail !

40% des feuilles partent à l’usine, 30% est vendu aux volontaires et 30% sert à la consommation de la famille et leurs amis. La famille de Deepak produit surtout du thé noir mais chaque année, ils produisent aussi du thé vert, du thé blanc et du silver tips impérial. Ils n’ont pas les autorisations nécessaires pour exporter, l’administration népalaise ne les aidant pas, au Népal tout est lent et cher. Organisés en coopérative, les fermiers d’Aarubote s’entraident et espèrent obtenir un jour l’autorisation.

La récolte du matin sera donc utilisée pour produire du thé noir. 5 kgs de feuilles vertes permettent de produire 1 kg de thé, nous espérons avoir été efficaces !

Pendant le déjeuner, les feuilles franchement récoltées ont été étalées au soleil. Il faut en effet faire perdre aux feuilles une partie de leur humidité et les rendre plus souples.

Le déjeuner terminé, nous nous disposons en cercle autour de la natte de bambou sur laquelle sont étalées les feuilles de thé. Nous prenons chacun un petit tas et nous nous mettons à l’étape suivante du procédé de fabrication : le roulage. A la main bien entendu ! Dans les usines il est effectué par une machine. Aucune aide mécanique dans la famille Kulung, tout est fait de manière artisanale. Nous roulons donc notre tas de feuilles de manière ferme avec une belle énergie en appuyant fortement sur les feuilles. Deepak nous encourage : power on your hands ! Nous devons rouler les feuilles jusqu’à ce qu’elles deviennent plus foncées et fripées. D’une feuille vigoureuse, nous devons en faire une feuille flétrie. Le roulage permet de rompre les cellules de thé afin d’activer l’enzyme présente dans les feuilles de thé et ainsi rendre l’oxydation plus rapide. C’est cette oxydation qui va libérer les arômes spécifiques au thé noir. Un bon et vigoureux  roulage permet donc d’accélérer l’étape suivante.

Après 1h de roulage, nous mettons les tas de feuilles roulées à l’ombre. Maintenant laissons l’oxygène agir pour un moment clé : l’oxydation. L’enzyme va rentrer en action avec l’oxygène et par une réaction chimique produire des changements visibles sur la feuille. Elle va encore plus se flétrir et prendre une couleur brune. L’oxydation doit être complète pour produire du thé noir et dure entre 20 et 30 mins.

Nous profitons de ce break pour déguster leur silver tips impérial. Deepak nous apporte une tasse d’eau claire. A première vue, c’est de l’eau chaude mais quand nous observons de près le breuvage, on voit apparaitre quelques nuances troubles. Nous goutons. C’est très fin, quasiment imperceptible mais nous percevons des délicats arômes. Boisson chère, le silver tips impérial est seulement constitué des bourgeons de théiers. Sa cueillette est donc lente, fastidieuse et est produit en de très petites quantités. Il s’agit de l’essence du thé, son arôme le plus doux.

Le saviez-vous ? Pour produire du thé oolong (ou wulong), l’oxydation doit être interrompue avant d’atteindre 100%. Chaque oolong aura donc une durée d’oxydation différente (de 10% à 90%)

L’oxydation est maintenant terminée, nous allons jeter un œil sur ce qui se passe sur la natte de bambou. Adieu vert brillant, bonjour marron ambré ! Deepak nous demande de remettre la natte au soleil et d’étaler les feuilles. Il faut maintenant qu’elles sèchent au soleil pour perdre leur dernière humidité et ainsi être prêtes à la consommation. Le soleil se maintient toujours et nous espérons donc que le séchage sera terminé d’ici ce soir !

Dans les usines, cette étape est aussi effectuée par des machines, de grands séchoirs à haute température. A la ferme de Deepak, nous pouvons seulement compter sur la ferveur du soleil !

Pendant ce temps, chacun vague à ses occupations. Moment de repos pour tous les habitants de la ferme. Le binôme Tea Travelers se sépare : l’un pour une partie d’échecs et l’autre pour bouquiner au soleil.

Le soleil se cache derrière les collines, nous nous dirigeons vers la natte de bambou. Joie, tout a séché ! Les feuilles sont maintenant noires tandis que les bourgeons ont conservé leur clarté. Nous rangeons le thé dans des boites et préparons immédiatement de l’eau chaude pour une dégustation sur le vif. Délicieux !! Est-ce que parce qu’il est sorti de nos mains ? Peut-être… En tout cas il a le goût du devoir accompli et du plaisir pris à sa fabrication.

Le soleil s’est totalement couché, nous entrons nous réchauffer dans la cuisine le temps s’est subitement rafraichi. Une coupure d’électricité, fait courant au Népal, ne nous perturbe pas. Des lampes solaires ont chauffées toute la journée et la cuisine est faite au feu de bois.

Dîner ! Kaushila nous a préparé un excellent thukpa, un autre plat traditionnel du pays. Il s’agit d’un bouillon de pâtes faites main mélangées avec des légumes. Relevé avec du chili, c’est délicieux. On se régale tout en l’accompagnant de thé noir.

Nous discutons près du feu puis nous faisons ensuite une partie de dés avec Deepak, avant de  nous retirer nous coucher à 9h, la journée à été longue !

Demain, un programme complètement différent nous attend : c’est jour de marché à Phikkal (la principale ville du coin) donc jour de repos pour les habitants des environnants. Nous allons acheter des légumes pour préparer des momos, le plat préféré du binôme Tea Travelers ! Même si nous avons le ventre plein, la salive nous en vient à la bouche… Mais toutes les lumières s’éteignent, il est temps de fermer les yeux et de clore cette belle journée.

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