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Nous nous écartons pour la 1ère fois de notre découverte des pays producteurs de thé pour explorer un nouvel horizon : la Mongolie et la Russie.

Ces 2 pays n’ont pas un climat propice pour la production de thé mais ils se rattrapent sur la consommation, le thé étant une boisson très populaire. La Russie fut la 1ère à attraper le virus lorsqu’en 1638 un ambassadeur russe apporta à la cour du Tsar du thé de Chine. Le Tsar fut tout de suite conquis et commença à en importer de Chine ce qui marqua le début de la « Grande Route du Thé ». Premier échange commercial d’envergure entre ces 2 puissants empires, les caravanes commencèrent à sillonner la Mongolie, point de jonction.

Le saviez-vous ?

La route du thé était longue de 9000 à 10000 kms. Son point de départ était Kalgan en Chine, aujourd’hui une ville nommée Zhangjiakou. Située au Nord de Pékin, Kalgan se trouve au pied de la Grande Muraille de Chine. A Kalgan, le thé provenait de toutes les régions productrices chinoises. De grandes caravanes de chameaux se mettaient en place pour affronter les hauts plateaux mongols. Ce voyage était rempli de dangers : bêtes sauvages, peuples hostiles et brigands en tout genre peuplaient ces lieux. Les caravanes atteignaient ensuite la frontière russe dans une ville nommée Kiaktha. Cette ville devint l’un des plus grands centres de commerce de gros et elle approvisionnait en thé la Russie et une partie de l’Europe Occidentale. Après un repos bien mérité à Kiaktha, les caravanes repartaient affronter un nouveau défi : l’immense Sibérie. Elles traversaient la Bouriatie pour rejoindre Irkoutsk, au sud du lac Baïkal. Au sein de ce gigantesque « hub », les caravanes se séparaient pour approvisionner les différentes villes russes : Tobolsk, Tioumen, Nijni Novgorod… Ce grand voyage pouvait durer un an ! La Grande route du thé, 2ème plus grande route commerciale après la Route de la Soie, a permis le rapprochement commercial de la Chine et la Russie.

Coïncidence heureuse, nous parcourons la Grande Route du Thé au moment de la lecture du Tome 2 de Robinson Crusoé de Daniel Defoe. Dans le tome 2, Robinson a réussi à s’échapper de son île avec son ami Vendredi. Toujours en quête de nouvelles aventures, Robinson repart avec Vendredi vers l’Asie du Sud-Est. A la suite de plusieurs péripéties ils se retrouvent tous deux coincés en Chine dans l’impossibilité de reprendre la mer. Ils ont alors une seule solution pour retourner en Angleterre : couper par la terre en rejoignant une caravane de thé. Ils traverseront donc la Mongolie et la Russie avec une imposante caravane, marquant de leurs pas la Grande Route du Thé.

La Mongolie

La Mongolie, lieu de transit pour faciliter les échanges commerciaux entre la Chine et la Russie a vu ses mœurs se transformer au contact des caravanes de thé.

Terre vierge grande comme 2,5 fois la France, 50% de la population vit dans sa capitale Ulaan-Baator. Le reste des 50% sont pour la plupart des nomades, vivant en famille dans une yourte et élevant leur troupeau de moutons, chèvres et yaks.

Nous partons à la conquête de ces grands espaces, pressés de mieux connaitre ce mode de vie. Etant donné l’absence de routes, une des meilleures façons de se déplacer est le cheval. Il fait partie de l’identité des mongols, chaque enfant dès son plus jeune âge sait grimper à cheval. Nous croisons des garçons de 7 ans fièrement dressés sur leur monture, galopant dans les immenses steppes mongoles. Ici les cavaliers français se sentent malheureux : ces chevaux de petite taille et robustes n’obéissent qu’à une règle : le « tchô » prononcé (non pas à la Homer Simpson) pour les faire avancer. Pas réellement dressés, ils sont encore un peu sauvages.

En tant que cavaliers novices, nos premiers kilomètres sont laborieux, surtout que notre guide semble penser que nous sommes nés pour parcourir les steppes au galop. Après quelques frayeurs, la vitesse nous grise et nos chevaux avalent les distances sans paraitre s’épuiser. A perte de vue, se déploient de grandes étendues herbeuses où coulent des ruisseaux. Au loin nous distinguons des petites montagnes : le parc Naiman Nurr ou le parc aux 8 lacs, notre destination finale.

A la sortie d’une forêt de pins, nous arrivons dans notre famille d’accueil. Nous sommes accueillis par Podka, une espiègle petite fille de 4 ans qui nous invite à rentrer dans la yourte. Toutes les yourtes mongoles sont aménagées de la même manière. Au centre se trouve le poêle, source de vie car il est à l’origine de la chaleur essentielle pendant les rudes hivers et élément nécessaire pour apporter boisson et nourriture aux membres de la famille. Deux lits sont installés de part et d’autre de la yourte. Au fond, se trouve l’autel des ancêtres. Une portion de chaque repas est extraite et déposée devant l’autel pour les honorer. Deux fins poteaux peints de multiples couleurs partagent l’espace : les femmes s’installent sur le lit à droite de l’entrée et les hommes à gauche. Interdiction de passer entre les 2 poteaux qui représentent le mari et la femme sous peine de rompre l’harmonie du foyer !

Nous nous installons dans la yourte bien chauffée grâce aux excréments d’animaux. Sur le poêle, notre hôtesse a installé une grande casserole ressemblant à un wok. De l’eau bout. Elle ajoute un grand sachet de thé. Le geste est trop rapide, nous n’avons pas le temps d’identifier le thé mais nous reconnaissons un sachet de thé noir version XXL. Elle ajoute une casserole de lait puis une poignée de sel. Elle se munit ensuite d’une grande louche et par de lents et grands mouvements elle aère le lait.

Elle nous tend ensuite de la main droite un bol rempli de ce breuvage mystérieux. Nous prenons aussi le bol de la main droite avec la main gauche qui soutient le poignet, signe de respect. Nous dégustons notre 1er thé au lait salé. Après notre course folle au galop sous un froid sec, cela nous réchauffe instantanément le corps. Nous sentons à peine le thé et le sel, le lait étant puissant. Le lait utilisé vient d’animal différent en fonction des familles et surtout de leur troupeau : vache, yak, brebis, jument, chèvre et même chamelle.

Le thé au lait salé ou süütei tsai est la boisson la plus consommée en Mongolie (avant la vodka !) et une vraie institution culturelle. Peuple nomade et vivant en famille, les mongols ont une tradition d’accueil millénaire. Les espaces sont tellement immenses qu’un mongol ne pourrait survivre à un long voyage sans la longue chaine de portes ouvertes qu’il trouve sur son chemin. En Mongolie, pas de porte fermée à clé, pas même besoin de frapper avant de rentrer, les mongols savent qu’ils seront accueillis dans chaque yourte. L’entraide et la solidarité sont nécessaires pour ce peule soumis à une nature peu commode. Chaque visiteur se verra donc offrir un süütei tsai à son arrivée préparé par la maîtresse du foyer. La recette mongole n’est pas sans rappeler le thé au beurre salé tibétain. Les produits laitiers étant à la base de l’alimentation de ces 2 peuples ; Il n’est donc pas étonnant de voir qu’ils partagent cette boisson.

Le thé au lait salé se boit à tout moment de la journée. Au petit-déjeuner il est accompagné d’une riche tartine de beurre crémeux (ou crème beurrée) bien nourrissante qui tient au corps. Passé la 1ère gorgée surprise, nous apprenons à apprécier ce breuvage consistant qui nous permet d’affronter les nuits où le gel sévit même en plein mois d’août… Il nous est aussi plus facile d’accepter un bol de thé qu’un verre de vodka ! Mais tout comme le thé, il serait impoli de le refuser donc nos soirées mongoles ressemblent à un joyeux mélange de bouillon de viande, verre de vodka et thé au lait salé !

Les amateurs de thé ne seront peut-être pas conquis mais personne ne pourrait résister aux traditions de ce peuple qui vit en parfait accord avec la nature…

La Russie

Tout comme les caravanes il y a 2 siècles, nous continuons notre route du thé au nord d’Ulaan-Baator la capitale de la Mongolie. Nous rallions en bus la frontière. Fait étonnant, nous passons la frontière à Kiaktha, la ville qui fut le poumon économique du thé lors des intenses échanges entre la Russie et la Chine. Aujourd’hui simple ville frontière, elle a pourtant vu des milliers de chameaux et d’hommes regroupés pour acheminer le thé en terre russe. Nous traversons la Bouriatie puis nous arrivons à Irkoutsk, capitale occidentale de la Sibérie qui possède un minuscule musée du thé qui retrace les grandes années de la Route du Thé.Nous faisons connaissance avec les samovars qui vont rythmer notre séjour russe.

Cette grande bombonne en métal sert à faire bouillir l’eau, conserver l’eau chaude et dispenser le thé via un robinet. Accessoire indispensable de tous les foyers russes qui se respectent, un samovar trône toujours dans un coin du salon ou salle à manger.

Devenu populaire à partir du XVIII ème siècle, le samovar a tout d’abord été utilisé dans l’Oural. Deux frères, Ivan et Nazar Lisitsyn, ont créé la première usine de fabrication à Tula, à 200 kms au sud de Moscou.

Le samovar est avant tout d’une grande praticité et économique.

La partie centrale est composée d’un conduit où brulent du charbon ou des pommes de pin.

Au sommet, on place une théière d’un thé fort et concentré. Un peu de ce thé est versé dans la tasse et dilué par de l’eau chaude qui provient d’un robinet positionné dans la partie inférieure du samovar.

Associé à l’art typiquement russe de recevoir, il rejoint aujourd’hui l’art décoratif…

Les samovars actuels sont souvent électriques et tendent à disparaitre, remplacés par des bouilloires. Le samovar peut être en métal, en cuivre, en bronze voire en argent ou en or. Symbole d’hospitalité, de cordialité et de causeries, si vous lisez des romans de Tolstoï ou Dostoïevski vous serez surpris de voir combien de rencontres se nouent autour d’un samovar…

Mais les russes ne se contentent pas de boire du thé. Avec la boisson, viennent des douceurs nommées Prianiki, un pain d’épices. Autre produit star de la ville de Tula, ce pain d’épices accompagne à merveille le thé.

Les russes consomment surtout du thé noir. Autrefois friands de thé de Chine, les russes vont plus tard se tourner vers un pays voisin pour s’approvisionner : la Georgie. Pays ensuite membre de l’URSS, la Georgie fut la terre du thé pour toute la Fédération. Sa production annuelle atteignant les 200 000 tonnes ! Aujourd’hui la Russie importe également du thé d’Inde et du Sri Lanka. Toujours adeptes du thé noir, nous n’avons pas vu la trace d’un oolong ou d’un thé vert …

A Irkoutsk nous embarquons à bord du transsibérien, pour un voyage de plus de 5000 kms. Au programme : 76h de train en platzkart (ou 3ème classe), 5 fuseaux horaires traversés et le passage de la Sibérie à Moscou. Accompagnés d’une babouchka adorable et d’un soudeur qui se rend dans la péninsule de Yamal à l’extrême nord de la Russie nous passons 3 jours à lire, écrire, contempler les paysages de taïga et … Boire du thé ! Un samovar trône en tête de wagon, il règne sur les 54 passagers et distribue chaleur, eau et nourriture. Les passagers sont venus équipés : sachets de thé et soupes lyophilisées rythment le quotidien. Nous faisons un saut dans le temps en sortant un sachet de thé noir offert par Yan Kan San, propriétaire d’une petite usine de thé dans le Yunnan en Chine.

Ce périple en train marque la fin de notre voyage autour du thé. C’est avec une certaine émotion que nous reposons le pied en Europe, à Moscou. Fin d’une étape, début d’une autre, le projet Tea Travelers n’est pas terminé, nous avons déjà en tête le lieu de nos prochaines découvertes…

Alors, à bientôt !

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