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Après quelques minutes de recherche, nous les retrouvons au fin fond d’un placard. Un peu froissées, sentant légèrement le renfermé, nos vestes Tea Travelers sont restées sagement rangées pendant 1 an. Il est temps maintenant de leur redonner vie en partant pour une nouvelle étape de notre voyage autour du thé : Direction la Géorgie !

Souvent à cette évocation, le visage de nos interlocuteurs devient confus et on peut sentir une hésitation flotter en eux. La Géorgie… Certes il y a l’état étasunien mais il y a aussi un petit pays qui porte ce nom… Mais où est-il situé précisément ?
Pays bordé par la mer noire, la Géorgie a 3 vastes voisins (la Russie, la Turquie et l’Azerbaïdjan) et un autre voisin petit poucet (l’Arménie). Une grande portion de son territoire est occupée par le Caucase, chaîne montagneuse à la beauté époustouflante.

Cette idée de destination a germé l’année dernière lors de la dernière étape de notre tour du monde consacré à la découverte du thé, en Russie. Nous avons appris lors de rencontres et de visites de musées que la Géorgie fut le pourvoyeur officiel de thé pour l’URSS. Depuis, l’envie nous a toujours tiraillés de parcourir le « grenier à thé » soviétique.

La première surprise, lors de nos recherches préalables, a été de constater le peu de plantations que comptent aujourd’hui la Géorgie. Pour un pays qui a été dans le peloton de tête mondial des exportateurs de thé, le fait est surprenant. Nous rentrons finalement en contact avec Miina Saak de Renegade Tea Estate situé dans à l’ouest de la Géorgie dans une région nommée Imureti (l’une des principales régions productrices de thé). Nous avons rendez-vous avec elle pour visiter cette plantation créée il y a un an seulement !

Renegade Tea Estate est le fruit d’un projet un peu fou, représentatif des questionnements actuels d’une partie de la population urbaine « cols blancs » et d’une remise en cause d’un certain modèle sociétal. 5 anciens collègues d’une société de transport estonienne ont décidé de quitter leur pays natal et leur vie de bureau pour un retour aux sources et a un travail qui a du sens : celui de la terre. Lors d’un voyage en Nouvelle-Zélande, le PDG de la société de transport, Hannes Saarpuu, a eu l’idée d’explorer les possibilités offertes par le thé. Il est tout d’abord allé prospecter au Rwanda avant de finalement créer sa société en Géorgie. Renegade Tea Estate est né ! Et ce en partie grâce à une campagne de crowdfunding efficace … Petit à petit certains de ses collaborateurs l’ont rejoint dans cette aventure un peu folle : Kristiina Mehik (Estonie), Priit Lavits (Estonie), Miina Saak (Estonie), Tomas Kaziliunas (Lituanie). Ils sont donc 5 à croire dur comme fer à ce projet et la plantation en route depuis 2017 devrait commencer à porter ses fruits cette année.

Le nom choisi, Renegade, porte en lui ce désir que l’on constate de plus en plus au sein des jeunes populations urbaines. En effet Renegade signifie rébellion. Rebellion par rapport au conformisme du « métro-boulot-dodo », rébellion du travail en entreprise, rébellion du mode de vie urbain. Rébellion aussi par rapport à la vision du thé actuelle. L’équipe souhaite avoir la main sur tout le process de la cueillette à la vente avec des pratiques écoresponsables.

Nous rencontrons Miina sous la pluie, à Kutaissi, une ville située à l’ouest de la Géorgie au cœur de l’Imuretie. Nous roulons vers l’usine en 4x4 à travers des routes un peu cabossées. Elle nous explique que le gouvernement géorgien favorise aujourd’hui les investissements dans le thé.

Autrefois, secteur économique important et pourvoyeur d’emplois, l’industrie du thé s’est écroulée à la chute de l’URSS. Les usines ont été déconstruites pour récupérer les matériaux, des milliers de fermiers se sont retrouvés sans emploi et les champs livrés à eux-mêmes. Aujourd’hui les plantations de thé sont toujours en grande partie à l’abandon, les fermiers vivent de leur potager et louent leurs bras de manière saisonnière lors des cueillettes en Turquie. Le gouvernement propose donc à la vente ou à la location à des prix très attractifs des hectares de champs où les herbes folles et surtout les fougères ont recouvert les anciens plants de thé.

Car là est le plus étonnant : près de l’usine, Miina nous montre des plants de thé bien cachés sous des fougères monumentales. Les plants de thé originels sont toujours là, certains datant de 60 ans. Certes ils sont petits et un peu rabougris mais l’avantage est de pouvoir conserver ces plans et donc de ne pas devoir replanter des centaines de plants et attendre 3-4 ans avant la première récolte.

Les entrepreneurs estoniens et lituaniens louent 40 hectares divisés en 3 plantations : Renegade, Mandikori et Rioni. Celle que nous contemplons à côté de l’usine encore en construction est Rioni. Miina nous fait part de la complexité des plantations géorgiennes : même si le cultivar présent est majoritairement le Camelia Sinensis (issu de Chine), ils ont aussi trouvé du Camelia Assamica et du Camelia Cambodia. En effet, à l’époque soviétique, poussés par l’URSS pour produire toujours plus, les propriétaires ont planté à côté des Camelia Sinensis originels de nouveaux plants pour augmenter le rendement. Et peu importe si le cutivar n’était pas le même !

Heureusement pour l’équipe de Renegade Tea Estate, ils sont accompagnés par un tea master népalais qui leur transmet son expertise. Novices dans le thé, les 5 Renegade apprennent quotidiennement. A eux cueillette, arrachage de mauvaises herbes, découverte du process d’oxydation et dégustation ! Nous visitons ensuite l’usine encore en cours de construction. Les machines sont flambant neuves, directement venues de Chine. Sur les 3 plantations, seule une (Renegade, 17 hectares) est prête pour la cueillette. Celle-ci devrait avoir lieu dans les prochaines semaines et permettre de réaliser la 1ère production, dédiée tout d’abord aux contributeurs du projet. Renegade souhaite produire du thé noir, du thé vert, du oolong et du thé blanc.

Nous parcourons les 2 salles de l’usine toute neuve, reconstruite sur les bases d’une ancienne usine détruite. Nous imaginons dans notre tête les différentes étapes de production de thé en parcourant l’usine. La salle pour stocker les feuilles après la cueillette, Puis la machine pour le roulage afin de briser les enzymes et activer l’oxydation.

La météo pouvant être étouffante en Géorgie, l’oxydation se fait dans une machine spéciale et non à l’air libre comme nous avons pu le voir en Inde, en Chine ou en Indonésie. Puis nous nous arrêtons enfin devant la machine pour la dessiccation qui sert à exposer les feuilles à une haute température pour stopper l’oxydation.

Nous continuons notre chemin à travers l’usine. Les espaces de stockage sont encore en travaux et on ne peut qu’essayer d’imaginer le futur bureau entre tas de gravats et outils de construction.

En revanche, on peut contempler la superbe vue qui s’offre à nous. Des dizaines et des dizaines d’hectares de nature à la végétation luxuriante où se cachent surement de nombreux plants de thé.

Nous reprenons ensuite le 4*4 pour nous rendre dans la plantation Renegade, celle qui est sur le point de donner sa 1ère récolte.

La plantation est entourée de robustes grillages. Miina nous raconte qu’ils ont du protéger toute la plantation face aux ravages causés par les vaches qui s’ébattent en toute liberté. Des ouvriers agricoles sont à l’oeuvre. Renegade emploie pour le moment une dizaine d’ouvriers en charge de l’entretien de la plantation. Certains de ses ouvriers travaillaient il y a quasiment 30 ans dans la même plantation alors gérée par des soviétiques. Sans pesticides et avec une pluie abondante, les fougères et mauvaises herbes reviennent sans cesse, et à chaque pouce de terrain gagné, à peine le dos tourné, les herbes folles reviennent. Plusieurs solutions écologiques sont imaginées comme l’utilisation de vinaigre. Méthode qui permet de ralentir la pousse des fougères mas pas encore de les éradiquer.

En marchant à travers la plantation, nous voyons que les 1ères pousses sont bien présentes. Et effectivement, le lendemain, les équipes font une cueillette pour une 1ère production de thé vert.

La pluie redouble de violence et nous nous abritons dans la voiture. Passionnée par le projet, Miina a rejoint l’aventure Renegade en avril. Chaque membre de l’équipe s’occupe plus spécifiquement d’une expertise. Miina gère le marketing et la communication. Plutôt réussi quand on voit la qualité du site internet et le dynamisme sur les réseaux sociaux !

2019 sera pour Renegade Tea Estate l’année charnière avec la première production d’envergure… Nous ne pouvons que leur souhaiter bonne chance et nous avons hâte de tester leurs thés !

De retour à Kutaissi, nous allons nous protéger de la pluie dans une maison de thé où nous dégustons un thé vert et un thé noir tous deux géorgiens. Nous apprenons qu’un grand marché couvert se situe près de la maison de thé. Dans ce marché, on peut trouver toutes les denrées produites par les agriculteurs locaux et notamment du thé !

Nous nous perdons au milieu des étals. Les stands sont tenus par des femmes. Il y a du thé noir mais également une multitude de plantes à infusion : camomille, verveine, tilleul …. Et des plantes que nous n’arrivons pas à reconnaitre. Nous reportons finalement avec du thé noir et aussi un peu de thé vert trouvé difficilement.

Après Kutaissi, nous allons randonner quelques jours dans l’impressionnant Caucase à la frontière russe.
Nous terminons notre voyage par la région des vins (la Géorgie produit du vin depuis plus de 8000 ans !) et le dernier jour est consacré à la visite de Tbilissi, la capitale.

Nous nous rendons dans une maison de thé recommandée par Miina. Elle est tenue par la famille Bitadze, membre de la Georgian Organic Tea Producers Association. L’association compte 16 producteurs qui représentent 50 hectares de terre situés dans l’Imureti et la Guria. Les standards de l’association sont élevés et le thé produit de grande qualité et biologique. L’association vend du thé noir, du thé vert et du thé blanc. Nous sommes accueillis par le fils du créateur de l’association, Giorgi. Il nous explique qu’ils exportent majoritairement le thé en Chine (les chinois sont friands du thé géorgien) mais aussi au Japon, en Russie, en République Tchèque, en Urkaine et en Allemagne. L’association a choisi le créneau premium et ainsi s’éloigne de la concurrence à bas coût emmenée par l’Azerbaïdjan, l’Iran et la Turquie.

Nous comprenons que loin de la production de masse et basse qualité qui était l’apanage de la Géorgie pendant l’URSS, le renouveau du thé géorgien se fera sous l’égide de la qualité et du biologique afin de se faire une place à part dans le paysage complexe du thé mondial.

La fin du séjour approche et après nous être régalés de derniers khatchapouri et khinkali (des spécialités locales), il est temps pour nous de repartir en France … Avec encore une fois des rencontres qui nous ont touchés, des visites qui nous ont enrichis et une nouvelle palette de connaissances sur le thé.

Alors maintenant, quel sera la prochaine étape de notre projet ?

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