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Mars 2017, le binôme Tea Travelers part à l’assaut des plantations de thé ! La 1ère étape de notre voyage autour du thé est consacrée à la découverte de l’Inde.

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’histoire du thé indien, nous avons consacré un article introductif à ce sujet.

L’inde compte 3 grandes régions productrices : Nilgiri, Darjeeling et Assam. Nilgiri est située dans le sud, nos pas nous conduisant plutôt dans le nord du pays, nous ne nous rendrons donc pas dans cette région.

Nous avons débuté notre périple dans la région de Darjeeling, mondialement connue pour son thé. Et pourtant Darjeeling ne représente qu’1% de la production indienne !

Situées sur les contreforts de l’Himalaya, les plantations s’étalent entre 400 et 2 500 mètres d’altitude. Elles sont divisées en jardins, on en compte aujourd’hui 87. Très prisé à l’international, le thé de Darjeeling est quasiment toujours exporté. Pourtant la qualité est variable selon le jardin. Darjeeling fait face à une importante contrefaçon : chaque année 40 000 tonnes de thé appelé « Darjeeling » est vendu soit 4 fois plus que la production de la région !

Les jardins sont aujourd’hui majoritairement détenus par des grandes entreprises. Il y a 4 récoltes par an, celle de printemps, la « 1st flush » étant la plus prisée. Nous sommes donc arrivés dans la région début mars pour profiter de cette première récolte. Un froid montagnard et un soleil resplendissant nous ont accueillis dans cette magnifique région. Nos découvertes pouvaient commencer…

En amont de notre départ, nous avions contacté quelques plantations et certaines nous avaient répondu positivement. C’est de cette manière que nous avons pu nous rendre dans ce jardin situé près de la ville de Kurseong (cf carte).

Malheureusement en absence de pluie qui donne le top départ pour la 1st flush, la cueillette n’avait pas encore débuté. Mais cela ne nous a pas empêché de visiter et d’en apprendre plus sur ce jardin original. Makaibari est en effet le 1er jardin à avoir obtenu une certification bio et mis en place un programme social pour les employés. Nous avons eu la chance de rencontrer le propriétaire, Rajah Banerjee, homme charismatique et magnétique. Loin de la monoculture adoptée par tous, Rajah a investi dans l’agriculture biodynamique en créant un écosystème durable. Sur ses 650 hectares, seuls 250 sont consacrés au thé. Le reste est divisé en forêt primaire et en culture de légumes. Aucun pesticide et engrais n’est utilisé. Le compost est composé de plantes (citronnelle, menthe poivrée…) et de bouses de vaches et les forêts fournissent les prédateurs idéaux pour vaincre les insectes nuisibles aux plants de thé. Deux variétés de théiers sont cultivées: le camelia sinensis (d’origine chinoise) et des camelias hybrides (qui sont utilisés pour les thés les plus prisés).

Makaibari est une plantation créée en 1859 par la famille Banerjee et de génération en génération, les fils se sont succédés à sa tête. Rajah n’était pas destiné à reprendre à la société mais suite à un message mystique reçu après une chute de cheval dans le domaine, il a décidé de reprendre la plantation en lu donnant une nouvelle direction, radicalement différente. C’est dans son salon rempli d’animaux empaillés (léopards, tigres, daims et bisons) tués par ces ancêtres et accompagnés d’une tasse de thé (avouons-le, en réalité il s’agissait d’un verre de vin rouge indien) qu’il nous a raconté son histoire ainsi que celle de son jardin. En plus de l’aspect écologique de son exploitation, il nous a détaillé son programme social. Makaibari compte 7 villages pour environ 1 500 habitants dont 650 employés, surtout des femmes. Convaincu du bienfait apporté par les femmes dans l’évolution de la société indienne, il a propulsé des femmes dans les instances de décision. Autre point capital pour lui : l’éducation. Une crèche est proposée pour les enfants des cueilleuses et une librairie publique est accessible à tous. Il incite fortement les employés à envoyer leurs enfants à l’école.

Mais Makaibari n’est pas qu’une plantation investie dans le développement durable. Ces thés sont reconnus internationalement et son meilleur cru, le silver tips impérial (issu de bourgeons cueillis à minuit) a dépassé toutes les attentes en 2014 en étant vendu 1 850$ le kilo : un record absolu ! Makaibari fut aussi le thé officiel lors des JO de Pékin (un thé indien en Chine !!).

Nous avons pu déguster plusieurs thés 2016 dont le silver tips impérial. Nos dégustations ont débuté par la first flush 2016, un excellent thé, puis le muscatel (Second flush), le oolong et le thé vert. Ces deux derniers sont produits en petite quantité. Enfin nous avons terminé la dégustation par les 2 thés d’exception du domaine : le thé blanc et le silver tips impérial. Au-delà de l’heure de la cueillette, les 2 thés diffèrent sur l’oxydation (10 mns pour le silver tips et aucune pour le thé blanc). Makaibari, comme tous les autres jardins de Darjeeling, dédie ses thés à l’exportation, principalement en Allemagne, au Japon et en France. Mr Banerjee traite directement avec les vendeurs, sans intermédiaire. Vous pourrez retrouver ses thés chez Kusmi Tea mais aussi dans des boutiques indépendantes comme Cha Yuan à Lyon.

Ces 2 jours passés au sein de la plantation  chez une famille travaillant pour Makaibari nous a donné un excellent premier éclairage sur cette région si stratégique pour le thé. Nous espérons que la pluie arrivera bientôt pour permettre le début de la cueillette de la first flush ! Car comme le résume Mr Banerjee « the first flush is critical for Darjeeling, bad first flush, bad year ! »

Située sur une colline en face de la ville de Darjeeling, nous accédons à la 2ième plantation visitée, Risheehat Tea Estate, après une longue route tortueuse et escarpée. La plantation s’étale sur les 2 versants d’une petite colline. Nous sommes accueillis avec une écharpe traditionnelle népalaise par Rajiv Kumar le manager de la plantation. A peine arrivés, nous avons le privilège de goûter aux premiers échantillons de la 1st flush 2017. Nous dégustons 4 thés très distincts et le clonal flowery nous séduit particulièrement.  Ce thé est l’apanage de la plantation. Avec ses saveurs sucrées et ses arômes fleuris, il est très différent des autres first flush de Darjeeling. Risheehat, qui signifie lieu des saints, appartient  depuis 1955 à la société Jayshree Tea & Industries LTD qui possède 6 jardins à Darjeeling. La plantation a été créée au milieu du 19ième siècle par des anglais. Les théiers s’épanouissent sur les 256 hectares de pentes escarpées entre 500 et 1 800 mètres d’altitude. A la suite de la dégustation, Rajiv Kumar nous accorde un entretien dans son bureau qu’il occupe depuis 2004. Il gère 968 employés qui vivent avec leurs familles dans le village qui jouxte l’usine. M. Kumar, comme M. Banerjee, est soucieux : il n’a pas plu depuis 6 mois et même s’il a pu commencer la cueillette de printemps grâce à l’irrigation d’environ 30% de ses plants, il est inquiet pour la récolte à venir.

Risheehat, comme Makaibari, ne pratique plus la monoculture. Des forêts, des champs d’orangers et de cardamome cohabitent avec les théiers. La plantation est aujourd’hui certifiée bio, ce qui n’est pas sans conséquence pour la plantation. M Kumar nous explique en effet que le volume de production a baissé (170 tonnes/an) pour un prix de vente identique. Les marges sont donc plus faibles. Mais le bio est nécessaire pour affronter la rude concurrence. Il nous détaille notamment l’arrivée sur le marché du thé népalais. Comme l’Inde il y a plus d’un siècle, les entrepreneurs népalais  ont « pris » des jeunes plants de Darjeeling pour les faire pousser de l’autre côté de la frontière dans la région de l’Ilam. Des directeurs indiens de plantation retraités vont vendre leur service aux investisseurs népalais. Le thé produit au Népal est aujourd’hui de bonne qualité et moins cher. La région de Darjeeling souffre donc de cette nouvelle concurrence.

Mais heureusement Risheehat est reconnu pour la qualité de sa first flush mais aussi de sa second flush (à la saveur de muscat) et a d’étroites relations avec des commerçants français, allemands, japonais, anglais, américains et russes. En France, le thé de la plantation est notamment vendu par Palais des Thés et Mariages Frères.

Après cet échange instructif, nous nous rendons dans les jardins. 90% des théiers sont des Camelia Sinensis (plants chinois), gage de qualité. Nous retrouvons également des plants dits « hybrides » ou « clonés » obtenus via des boutures d’où sont issus les meilleurs thés. M. Kumar, en conclusion de cette belle matinée, nous invite à boire un dernier thé dans la pergola de son magnifique jardin. Il nous explique que l’un des défis majeurs, pour faire face à la concurrence mondiale, est de booster le marché intérieur en vendant du thé Darjeeling (et notamment les cueillettes moins réputées à l’international comme celle de l’autonome) aux indiens. Mais le challenge est de taille : il faut en effet changer les habitudes de consommation des indiens qui boivent rarement le thé nature. Mais M. Kumar croit en une évolution rapide du goût des indiens et sait que ce nouveau marché constitue une poule aux œufs d’or.

Nous repartons dans la ville de Darjeeling suite à cette belle rencontre avec la « flaveur » des fleurs en bouche….

Nous redescendons les montagnes de Darjeeling pour rejoindre la dernière plantation : Rohini Tea Estate. Rishi Saria, de Gopaldahara Tea Estate, nous avait invités à visiter son domaine mais la first flush n’ayant pas débuté dans sa plantation, il nous a redirigés vers Rohini, jardin appartenant au même groupe, Sona Tea Ltd.

Nous sommes chaleureusement accueillis par Bhawani Bux Singh, manager de Rohini. Contrairement aux autres plantations de Darjeeling, la cueillette est en cours depuis le 31 janvier car nous sommes à plus faible altitude (215 mètres) ce qui permet d’irriguer plus facilement les plants de théiers. Cependant Rohini a d’autres terrains situés à 915 et 1 350 mètres où la cueillette n’a pas encore débuté.

Autres points différenciant, Rohini n’est pas certifiée ‘bio’ et l’exportation ne représente que 25% de sa production. Après les présentations, le chauffeur de M. Singh nous attend pour rallier en jeep les différentes parties du domaine assez étendu. Nous voilà parti pour une virée d’une heure, entre nursery pour les jeunes plants, route escarpée pour rejoindre le top hill du domaine et longue balade à pied à travers les théiers à faible altitude. Cette plantation de 150 hectares a une histoire particulière que M. Singh nous raconte pendant que les cueilleuses s’activent. Rohini est une des premières plantations de Darjeeling, créée par les britanniques. Elle est ensuite passée sous le contrôle de divers entrepreneurs indiens jusqu’en 1962, année où les chinois envahirent le Nord-Est de l’Inde. Le gouvernement se rendit alors compte de l’importance stratégique de cette région et créa une base militaire. L’armée investit donc les terrains de Rohini qui furent utilisés comme camp d’entraînement. L’usine ferma jusqu’à la fin des années 90 où la baisse des tensions avec la Chine conduisit l’armée indienne à revendre certains terrains. Rohini Tea Estate revit donc le jour en 2000 avec 95% de nouveaux plants. D’une des plus anciennes, Rohini est donc devenue la plus jeune plantation de Darjeeling !

Notre promenade sous le soleil a été suivie de la visite de l’usine où des femmes s’affairent à préparer les commandes pour l’envoi de la first flush. Rohini produit principalement du thé noir mais également du thé vert, du oolong et du thé blanc. Lors de la très attendue dégustation, nous avons eu le privilège de déguster les thés produits la veille ! Le thé vert nous a agréablement surpris, très fin et suave.

M. Singh a eu la gentillesse de nous conviés chez lui à déguster un thali. Sa maison typique de planteur construite sous le Raj Britannique s’agrémente d’un jardin où poussent légumes et fleurs. Lors du déjeuner, il nous a expliqué que son principal commanditaire est le Japon, suivi du Canada et des USA. Il vend peu aux européens, principalement à la République Tchèque, à l’Allemagne et à la France. Vous pouvez retrouver ses thés en France sous la marque « Thés Georges Cannon« .

La visite de Rohini Tea Estate clôture notre découverte des thés de Darjeeling. Maintenant, direction l’Assam encore plus à l’Est du pays !

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