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Histoire et thé en Géorgie

Comprendre la place qu’occupe aujourd’hui le thé en Georgie ne peut se faire sans replonger dans l’histoire… Une histoire qui commence dans les années 1830 par un voyage du prince géorgien Miha Eristav dans l’empire chinois. Le prince constata des similarités de climat (subtropical) entre les régions chinoises favorables au thé et certaines régions géorgiennes. Il décida de rapporter quelques graines pour réaliser une expérimentation dans l’ouest de la Géorgie, dans la région de Guria. De retour en Géorgie, il planta ces graines (Camelia Sinensis Sinensis) et réussi à produire un thé de grande qualité qui lui fit gagner un prix lors de l’exposition internationale organisée en Russie en 1864. Malheureusement ce pionnier du thé n’arriva pas à convaincre le gouvernement géorgien de lui octroyer un crédit pour étendre sa plantation et son exploitation fut peu à peu abandonnée.

A cette époque, la Russie commercialisait uniquement avec la Chine pour son approvisionnement en thé et des scientifiques russes émirent l’idée de cultiver du thé dans le Caucause pour limiter la dépendance russe auprès de son meilleur ennemi.

A la fin du XIXème siècle fut lancée une expérimentation à grande échelle dans le Caucase, et notamment en Géorgie, menée par Konstantin Popov. Celui-ci fit de nombreux voyages en Chine et à Hong-Kong pour mieux comprendre les pratiques agricoles et les procédés de fabrication du thé. Pour mener à bien cette expérience, M. Popov intégra à ses équipes un expert chinois nommé Liu Jun Zhou. M. Zhou géra la plantation et l’usine en appliquant les méthodes qu’il avait apprises chez lui en Chine et le thé qui sortit de ses usines remporta la médaille d’or lors de l’exposition universelle de Paris de 1900.

La plantation s’étendit et d’autres virent le jour.

Le thé devint un secteur économique porteur pour la Géorgie, créateur d’emplois. Désireux de continuer à se faire connaitre pour la qualité de leurs thés, les producteurs géorgiens appliquèrent les mêmes méthodes et produirent des thés prestigieux.

La 1ère guerre mondiale vint stopper cet élan car les champs se trouvaient pour la plupart sur la ligne de front. De nombreuses plantations furent détruites et les usine abandonnées.

En 1917, la révolution d’octobre renversa le tsar en Russie et le nouveau gouvernement bolchevique pris un certain nombre de mesures économiques. La Géorgie intégra la république soviétique et ses champs et usines furent nationalisés. Le gouvernement décida de refaire vivre l’industrie du thé et investit massivement dans la région. Des nouveaux théiers furent plantés, les Camelia Assamica et Camelia Cambodia jouxtèrent les Camelia Sinensis d’origine. La récolte manuelle fut remplacée par une récolte mécanique. La quantité produite explosa conduisant donc à une perte importante de la qualité. Du thé récompensé lors des expositions universelles, il ne restait plus qu’un souvenir, remplacé par des tonnes de thé bas de gamme produit pour abreuver l’immense URSS. Entre 1920 et 1960, la production géorgienne représentait 95% du thé consommé en URSS !

Dans les années 90, suivant de près la chute de l’URSS, l’industrie du thé géorgienne s’écroula aussi, son principale importateur et superviseur disparaissant…

Ce fut une catastrophe économique pour les régions de l’ouest: des milliers d’ouvriers agricoles se retrouvèrent sans emploi, les champs furent laissés à l’abandon et les usines déconstruites pour récupérer les matériaux.

De 152 000 tonnes, la production annuelle de thé chuta à 1 800 tonnes. Les plants de thé furent recouverts par les ronces et les fougères et la population rurale fut obligée d’aller jusqu’en Turquie pour trouver de l’emploi dans les plantations de thé, un travail de cueillette, saisonnier et précaire.

Et pourtant la Géorgie a de sérieux atouts pour la culture du thé… La combinaison d’un climat froid et d’un sol acide permet au thé vert géorgien d’avoir une composition chimique unique avec notamment comme conséquence l’absence d’amertume. De plus, les nuits et l’hiver froids permettent de préserver les plants de maladie et d’insectes et donc d’utiliser peu voire pas d’herbicides ou pesticides. Le volume de thé produit en Géorgie n’augmente pas car les investissements que représentent le lancement d’une plantation en découragent plus d’un. Et pourtant le gouvernement met en place une politique volontariste avec des prix à l’achat ou à la location de champs défiant toute concurrence ! Selon le ministère de l’agriculture, la Géorgie compte environ 15 000 petites plantations de thé (moins de 1 hectare). Ces producteurs représentent la majorité du tissu économique du thé géorgien et peu armés face à la concurrence mondiale, le thé produit reste dans les villages des producteurs, seulement vendu dans les marchés locaux.

De belles initiatives ont été lancées comme Renegade Tea Estate ou la Georgian Organic Tea Producers Association en se positionnant sur une niche caractérisée par une production d’un thé biologique et de grande qualité mais cela ne suffit pas encore à relancer durablement l’économie du thé. Quand on connait les possibilités offertes par la Géorgie, il est encore plus décevant de constater que le pays importe aujourd’hui plus de thé qu’elle n’en exporte.

Le vin géorgien a connu la même déconvenue à la chute de l’URSS et aujourd’hui le secteur est en pleine croissance grâce à de nombreux efforts financiers. Nous espérons que le secteur du thé connaîtra bientôt les mêmes investissements afin de redonner la place que le thé géorgien mérite… A bon entendeur !

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